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Patrick Bruel est au cœur d’une tempête médiatique et judiciaire. Les accusations de violences sexuelles se multiplient, les plaintes s’accumulent et le chanteur, par la voix de ses avocats, oppose un démenti catégorique. Retour sur une affaire en constante évolution.
Selon les informations de BFMTV, au moins douze plaintes visant Patrick Bruel sont désormais étudiées par la justice. Dix d’entre elles sont centralisées par le parquet de Nanterre, qui devrait également recevoir celle déposée à Paris la semaine dernière par l’animatrice Flavie Flament.
En France, une plainte pour viol, déposée en septembre 2024, est instruite à Saint-Malo, en Bretagne. « À ce jour, mon parquet est toujours saisi de ce dossier », a indiqué mardi 19 mai le procureur Fabrice Tremel à BFMTV, précisant que son parquet et celui de Nanterre pourront échanger sur cette affaire. Le chanteur n’a pas encore été entendu dans ce cadre.
Patrick Bruel est également visé par une plainte pour agression sexuelle en Belgique. Au total, une trentaine de femmes ont témoigné contre lui, notamment auprès de Mediapart, dénonçant des faits de violences sexuelles.
Cette accumulation de témoignages a poussé le parquet de Nanterre à rouvrir une enquête dans la procédure dite des « masseuses ». Quatre plaignantes avaient dénoncé « une attitude ou des gestes déplacés lors de massages qu’elles avaient pratiqué sur Patrick Bruel à l’occasion de concerts », précise le parquet ce 18 mai.
Quatre d’entre elles avaient déposé plainte pour « exhibition sexuelle » ou « tentative de viol ». Deux autres, plus tard, pour « viol ». Ces six plaintes avaient été classées sans suite fin 2020, au motif que « l’infraction était insuffisamment caractérisée ».
Une autre procédure a également été rouverte par Nanterre : celle concernant Ophélie Fajfer, qui accuse Patrick Bruel de viol en 2015 à L’Isle-sur-la-Sorgue, alors qu’elle avait 19 ans, a révélé son avocate le 18 mai sur BFMTV.
L’avocate de Flavie Flament, Corinne Herrmann, a affirmé ce mardi que « de nouvelles plaintes pour viol » seront déposées « dans les prochains jours ». Ces femmes « sont rentrées en contact avec nous en tant qu’avocats et sont sidérées du système de défense », a-t-elle ajouté.
Vendredi 15 mai, l’animatrice Flavie Flament a annoncé avoir déposé une plainte pour des faits de « viol sur mineure » à l’encontre de Patrick Bruel. Elle avait d’abord témoigné anonymement dans Mediapart.
« Dix ans après la Consolation, j’ai de nouveau rendez-vous avec mon passé. Et un homme qui a pillé mon adolescence. Je porte plainte contre Patrick Bruel pour viol », a écrit Flavie Flament sur Instagram.
Selon nos informations, elle fait état d’une agression commise à l’issue d’un shooting en 1991, au domicile parisien de Patrick Bruel, alors qu’elle avait 16 ans. Elle décrit des faits de viol sous soumission chimique : elle se souvient que le chanteur lui avait offert « un thé », puis le « black-out », et s’être « réveillée hallucinée ».
Quinze ans plus tard, Flavie Flament raconte avoir croisé Patrick Bruel dans les coulisses d’une émission de TF1 à Bercy. Alors qu’elle veut faire demi-tour, il la serre dans ses bras et lui dit à l’oreille : « Tu te souviens ? » Il lui aurait alors dit qu’ils avaient « couché ensemble » à l’époque. « Je dis que non, je prends peur, et il me dit, plein d’assurance : ‘Bien sûr qu’on a couché ensemble’. Puis il passe son chemin », poursuit-elle.
Ce témoignage « donne une autre dimension à l’affaire », assurait lundi 18 mai Cécile Ollivier, grande reporter du magazine Elle, sur RMC. « Qu’il y ait une femme aussi connue, aussi populaire que Flavie Flament qui accuse à visage découvert », enchaîne la journaliste.
Sur France Inter, Corinne Herrmann, l’avocate de Flavie Flament, confiait que sa cliente « parle d’abord pour cette jeune fille de 16 ans qui a subi ces faits », mais aussi « pour soutenir les autres femmes ».
Dans un message sur Instagram, Patrick Bruel s’est expliqué sur les accusations de Flavie Flament. Il affirme « avoir eu une brève histoire » avec l’animatrice, rencontrée dans les années 1990. « Cette relation ne fut ni violente, ni contrainte, ni sournoise. Il n’y eut ni viol, ni drogue », écrit-il.
Le chanteur de 67 ans réfute les faits : « Je ne comprends pas pourquoi soudainement aujourd’hui, Flavie Flament raconte une histoire différente et sordide, et porterait plainte contre moi. Je sais simplement que cette histoire est fausse. »
Son avocat, Christophe Ingrain, a déclaré sur BFMTV : « Ils se connaissent, ils ont probablement eu une relation, mais rien d’imposé, certainement pas de drogue. » Il juge « probable » que la relation entre Flavie Flament et Patrick Bruel était « de l’ordre de deux amis qui se voyaient de manière épisodique », « comme deux personnes qui s’apprécient et peuvent de temps en temps avoir des relations sexuelles lorsqu’ils se rencontrent ».
Démenti catégorique de Flavie Flament dans un entretien vidéo publié lundi sur Mediapart : « J’ai vu Patrick Bruel une fois lorsque j’ai fait sa connaissance, une fois dans son appartement rue de Jussieu, et le nombre de fois où j’ai été contrainte de le recevoir dans mes émissions. (…) Je suis absolument formelle, je n’ai absolument jamais entretenu une relation, quelle qu’elle soit, avec Patrick Bruel, jamais. »
Concernant les autres accusations, Patrick Bruel assure n’avoir jamais « forcé une femme ». « Jamais je n’ai drogué, manipulé ou cherché à soumettre qui que ce soit. Je ne me suis jamais servi de ma notoriété pour abuser de quiconque et obtenir des relations non consenties », a-t-il martelé sur les réseaux sociaux.
Malgré une pétition réclamant l’annulation de sa tournée, le chanteur de 67 ans continue de remplir le théâtre Édouard VII de Paris, où il se produit cinq soirs par semaine. Il est présumé innocent.
« J’ai failli ne pas venir, j’ai même essayé de vendre mes places », confie une spectatrice rencontrée par BFMTV, avant de tempérer : « je suis avocate et finalement, je me suis dit que tout le monde avait le droit à une défense et qu’il est présumé innocent ».
Un couple rappelle qu’il n’y a pas eu de procès. « Tant que le jugement n’est pas passé, pour moi il n’y aura aucune différence », explique-t-il, « ce n’est pas un soutien particulier. Je voulais le voir et tant qu’il n’est pas jugé, on continue à venir le voir ».
Plusieurs collectifs féministes ont affiché leur opposition, à l’image de NousToutes, qui réclame l’annulation d’un concert prévu le 24 juillet dans le cadre du festival Grandes Marées de Jullouville, dans la Manche.
Dans le Vaucluse, à L’Isle-sur-la-Sorgue, plusieurs dizaines de personnes ont manifesté dimanche 10 mai devant un hôtel appartenant au chanteur. « Violeur, on te voit », pouvait-on lire sur une banderole. « Soutien aux femmes victimes de violences sexuelles », était-il écrit sur des pancartes.
Ce mercredi 20 mai, le maire de Paris Emmanuel Grégoire a déclaré sur France 2 que Patrick Bruel « devrait se retirer et devrait mettre entre parenthèses sa carrière », le temps que « la justice soit rendue ». Il a réaffirmé que « la présomption d’innocence doit être garantie ». À Marseille, le maire Benoît Payan appelle Patrick Bruel à renoncer à son concert prévu le 30 octobre, « par respect pour la parole des victimes qui doivent être entendues et de sa présomption d’innocence, le temps que la justice fasse sereinement son travail ».
À l’international, trois concerts au Québec, prévus début décembre, ont été annulés.
