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Respirer est un geste automatique, presque invisible, répété environ 20 000 fois par jour. Pourtant, pour certaines personnes, chaque inspiration peut devenir un combat : poitrine qui se serre, souffle sifflant, sensation d’étouffement parfois brutale, parfois silencieuse.
En France, plus de 4 millions de personnes vivent avec l’asthme. Malgré les traitements disponibles, cette maladie chronique provoque encore près de 60 000 hospitalisations et environ un millier de décès chaque année.
Peut-on vivre normalement avec de l’asthme ? Pourquoi certaines crises deviennent-elles des urgences vitales ? Comment concilier maladie respiratoire et activité physique ? Dans ce nouvel épisode du Podcast Santé, Clairelyne Dupin fait le point sur cette maladie encore largement sous-estimée.
La première notion est que c’est une maladie chronique qui dure toute la vie. À partir du moment où elle se déclenche, elle est là tout le temps. C’est une notion importante car cela sous-tend la façon dont on traite cette maladie. C’est une maladie pulmonaire qui touche plus précisément les bronches.
On peut l’imaginer comme de la plomberie : au lieu d’avoir des tuyaux respiratoires bien ouverts pour laisser passer l’air, ces tuyaux vont être rétrécis. L’air passe de façon moins facile, générant une gêne respiratoire et des sifflements. L’air passe dans un tuyau trop étroit, soit uniquement pendant la crise, soit même en dehors des crises si l’on s’habitue progressivement à respirer ainsi au quotidien.
L’essoufflement est un symptôme banal qui participe au retard diagnostique important, au-delà du fait que tout le monde imagine que c’est une maladie connue et relativement courante. Un asthmatique n’est pas essoufflé tous les jours de la même façon. La variabilité de l’essoufflement, que l’on appelle médicalement la dyspnée, peut être intense un jour et ne plus exister quelques heures après.
En saison des pollens, on peut être très gêné pour respirer, alors qu’en hiver, sans allergie de saison, on n’aura pas de gêne. Cette variabilité est anormale et si elle s’associe à des sifflements, appelés sibilants, à l’expiration, cela doit alerter. Parfois, on ne ressent pas de sifflements, mais une toux sèche sans crachats qui évolue en crise, notamment la nuit. Un enfant qui se réveille au milieu de la nuit en toussant de façon très sèche souffre globalement d’asthme par ordre de fréquence.
Cela peut apparaître à tout âge. On peut naître asthmatique ou avoir des symptômes depuis la toute petite enfance, comme des enfants qui font des bronchiolites l’hiver lorsqu’ils sont exposés à des virus. Mais on peut aussi devenir asthmatique à l’adolescence, à l’âge adulte, voire à un âge avancé.
Non, pas systématiquement. Allergie et asthme sont deux maladies qui vont facilement ensemble, mais on peut être asthmatique sans être allergique. C’est un peu plus fréquent chez les adultes. On peut être asthmatique à cause de certains globules blancs dans le sang appelés éosinophiles. Ce n’est pas parce que l’on n’est pas allergique que l’on n’est pas asthmatique.
Les poumons sont les organes les plus exposés à l’environnement extérieur. Quel que soit ce que l’on respire, que ce soit des acariens dans des moquettes, des pollens, des moisissures ou de l’humidité, ces facteurs vont agir comme une clé dans une serrure qui ouvre la porte de la crise d’asthme. Derrière, c’est ce qu’on appelle la cascade de l’inflammation, un automatisme qui se déclenche et aboutit à la fermeture de la bronche. Cela peut se jouer en quelques minutes. Pourquoi est-ce qu’il y a encore en France environ 1 000 personnes qui meurent d’asthme tous les ans ? La majorité des personnes qui en meurent n’ont pas de traitement de fond. L’asthme est une maladie chronique qui nécessite un traitement de fond.
Non car c’est le traitement de la crise. L’objectif du traitement est qu’un patient n’ait quasiment jamais besoin de sa Ventoline. La base du traitement de l’asthme repose sur les corticoïdes, qui sont un traitement anti-inflammatoire. La maladie asthmatique est une inflammation. À l’intérieur des bronches, la muqueuse va gonfler comme une peau qui a pris un coup de soleil. Quand on gonfle dans un tuyau, celui-ci se rétrécit. Les corticoïdes inhalés sont pris par voie respiratoire pour être déposés partout dans les bronches, avec quasiment aucun effet secondaire.
C’est une période difficile pour toutes les maladies chroniques. C’est une période de transition où l’on s’autonomise et où l’on est souvent en refus de ce qui nous arrive. Par automatisme, on a du mal à prendre ses traitements. Les chiffres sont problématiques concernant les traitements inhalés pour une grande partie des patients adolescents et adultes. C’est aussi la période où l’on commence à fumer ou à vapoter. Une étude a montré qu’il y avait beaucoup plus d’asthmatiques chez les consommateurs de e-cigarettes que chez les non-consommateurs. Il y a probablement un effet néfaste du vapotage sur le contrôle de l’asthme.
Oui, l’activité physique régulière permet d’améliorer la capacité respiratoire. Elle travaille sur les muscles intercostaux et sur le diaphragme. Plus on fait d’activité physique, meilleur est le contrôle de la maladie. En continuant le traitement de fond, il n’y a plus de contre-indications formelles au sport. Dans la majorité des cas, un asthmatique doit avoir une vie normale. Avant une activité physique, notamment d’endurance, on conseille la prise d’un bronchodilatateur pour ouvrir la bronche.
La rémission est un terme connu de longue date dans l’asthme. On peut démontrer qu’un certain pourcentage d’asthmatiques est capable de rentrer en rémission. Cela signifie que la maladie est dormante. Elle ne disparaît pas complètement, la rémission ne veut pas dire la guérison, mais la maladie devient asymptomatique. Chez l’enfant, la maladie devient souvent dormante à l’âge adulte. Chez l’adulte, on peut aussi être en rémission avec une vie normale, même si la maladie peut se réveiller si l’on arrête certains traitements lourds.
Il y a des biothérapies, des traitements par piqûre pour les formes d’asthme sévère. Un asthme sévère n’est pas un asthme qui fait des crises sévères, c’est très différent. On peut avoir un asthme léger et faire une crise extrêmement grave. Un asthme sévère se caractérise plutôt par des crises modérées mais régulières et très fréquentes, nécessitant beaucoup de traitements. Pour les autres patients, les traitements inhalés par corticoïdes suffisent. Les innovations récentes portent plutôt sur la technique de prise, avec des dispositifs plus simples que le spray ou qui ne nécessitent qu’une seule prise par jour.
