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Le procès du tueur en série pédocriminel allemand Martin Ney s’ouvre ce mardi 19 mai devant la cour d’assises de Rennes, plus de vingt ans après la mort de Jonathan Coulom, un garçon de dix ans disparu en 2004.
Le matin du 7 avril 2004, un courant d’air réveille le jeune Jonathan dans le dortoir qu’il partage avec cinq camarades en classe de mer à Saint-Brévin-les-Pins. La porte, entrebâillée la veille, est grande ouverte. Jonathan a disparu.
L’alerte est immédiatement donnée et une enquête pour enlèvement et séquestration d’un mineur est ouverte. Le centre de loisirs est fouillé méthodiquement, sans résultat. Les affaires du garçon, vêtu d’un pyjama gris clair, sont intactes.
Jonathan dormait dans le lit le plus proche de la porte, dont la poignée cassée empêchait toute fermeture à clé. Les fenêtres donnant sur l’extérieur étaient trop étroites pour permettre un passage.
Un camarade de chambrée confie avoir entendu le bruit d’une voiture démarrant rapidement dans la nuit. Un agriculteur rapporte également un cri d’enfant suivi d’un véhicule roulant à vive allure.
Les enquêteurs multiplient les recherches : avis de recherche, numéro vert, contrôles routiers, enquêtes de voisinage. En vain. Jonathan reste introuvable.
Le 19 mai 2004, le corps dénudé de l’enfant est découvert dans l’étang du manoir de la porte Calon à Guérande, à une trentaine de kilomètres du centre de loisirs.
Le corps est lesté d’un parpaing de 19 kilos et ligoté avec une cordelette au cou, aux poignets et aux chevilles. L’autopsie ne permet pas de déterminer la cause ni la date exacte du décès, mais les enquêteurs privilégient l’hypothèse d’une séquestration avant la mort.
La piste locale est d’abord privilégiée : les enquêteurs recherchent une personne disposant d’un pied-à-terre pour séquestrer un enfant. Un suspect au profil d’agresseur sexuel est étudié, puis abandonné. De nombreux prélèvements ADN sont effectués, ainsi que des investigations téléphoniques et des perquisitions dans un périmètre baptisé « L’escargot », sans résultat probant.
À partir de 2008, l’enquête prend une nouvelle orientation. Les autorités françaises examinent une piste allemande : plusieurs enlèvements de jeunes garçons dans des camps ou colonies de vacances, signalés par la police allemande peu après la disparition de Jonathan.
En 2011, Martin Ney, ancien éducateur surnommé « l’homme en noir », est arrêté en Allemagne. Il reconnaît son attirance pour les jeunes garçons et avoue le meurtre de trois enfants. Il est condamné en 2012 à la réclusion criminelle à perpétuité.
Son mode opératoire intéresse les enquêteurs français : il circulait en voiture, ciblait des centres accueillant des enfants et profitait de portes laissées ouvertes. Deux de ses victimes ont été étranglées dans son véhicule. Il nie toute implication dans la mort de Jonathan.
En 2017, un codétenu affirme que Martin Ney lui aurait avoué avoir enlevé et tué un enfant en France, précisant avoir croisé un homme avec un chien et oublié son sac en cuir marron sur les lieux.
Ce témoignage conduit à réexaminer un appel au numéro vert, recueilli tardivement en 2008 en raison d’une erreur de retranscription. Un agriculteur y raconte avoir suivi une voiture immatriculée en Allemagne, le coffre ouvert, près d’un étang situé à moins de sept kilomètres du lieu où le corps a été découvert.
Pour l’accusation, cet homme cherchait un endroit isolé près d’une étendue d’eau et s’apprêtait à sortir quelque chose du coffre. Surpris, il aurait quitté les lieux rapidement. Le sac en cuir n’a jamais été retrouvé malgré un appel à témoins.
Un autre élément conforte l’accusation : un message posté sous un pseudo utilisé par Martin Ney sur un forum pédocriminel dans les jours suivant la disparition de Jonathan, disant : « L’homme en noir a encore frappé ».
Martin Ney est mis en examen en 2024. Son ADN n’a jamais été retrouvé sur le corps de la victime ou sur d’autres éléments matériels.
Le procès s’ouvre pour trois semaines à Rennes. Martin Ney, âgé de 55 ans, clame son innocence et conteste avoir été en Loire-Atlantique au moment des faits. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Me Catherine Salsac, avocate de Virginie Lacombe, mère de Jonathan Coulom, déclare à BFMTV : « Elle attend beaucoup de réponses. Elle a besoin de savoir ce qu’il s’est passé, de connaître la vérité et le déroulé des événements. »
Me Marie-Emmanuelle Beloncle et Me Sabine Barz, avocates de Martin Ney, n’ont pas souhaité s’exprimer avant l’ouverture du procès.
