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La République démocratique du Congo (RDC) est confrontée depuis plusieurs semaines à une résurgence de la maladie à virus Ebola dans la province de l’Ituri. Au 20 mai 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recensait près de 600 cas suspects et plus de 130 décès probables. Des cas ont également été détectés en Ouganda voisin.
Face à « l’ampleur et la vitesse » de cette flambée épidémique, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclenché une « urgence de santé publique de portée internationale », le deuxième plus haut niveau d’alerte de l’institution. Cette épidémie est liée à la souche Bundibugyo du virus Ebola, une variante rare et encore mal connue des scientifiques.
Contrairement à d’autres souches, celle-ci ne dispose ni de vaccin homologué ni de traitement spécifique. Yannick Simonin, enseignant-chercheur en virologie à l’Université de Montpellier et à l’Inserm, analyse les spécificités de cette épidémie dans un entretien au podcast « Le Titre à la Une ».
« L’une des difficultés avec cette épidémie est de savoir exactement à quel stade nous en sommes. Les premiers cas suspectés datent de fin avril et, vu l’intensité actuelle, nous sommes probablement au début de l’épidémie, loin du pic ou d’une phase descendante », explique-t-il.
Le chercheur souligne que les épidémies récentes en Afrique étaient classiquement liées au virus Zaïre. « Cette fois-ci, le type de virus Ebola est différent. Il est moins bien connu, n’ayant été impliqué que dans deux épidémies de petite ampleur, la dernière datant d’une quinzaine d’années. »
« Si nous avons progressé avec le développement de vaccins et de traitements efficaces, ceux-ci ont été prévus pour d’autres types d’Ebola et non pour celui-ci. Nous nous retrouvons face à un virus que nous connaissons mal, ce qui engendre une inquiétude supplémentaire », ajoute-t-il.
S’agissant des symptômes, Yannick Simonin précise que les manifestations initiales sont similaires aux autres types d’Ebola : fièvre, douleurs musculaires et articulaires. « Il est difficile de différencier une infection initiale d’autres pathologies circulant dans la région, comme le paludisme. La problématique réside dans l’évolution vers des formes sévères, notamment la forme hémorragique avec des saignements, des vomissements et des diarrhées. »
Le taux de mortalité de cette souche est estimé entre 20 et 50 %, variant selon la prise en charge des patients. Le virus Ebola est zoonotique : il se transmet de l’animal à l’homme. Le réservoir initial est la chauve-souris, qui peut transmettre le virus à des réservoirs secondaires avant qu’il n’atteigne l’homme.
« Entre deux épidémies humaines, le virus ne disparaît pas, il circule chez ces réservoirs », rappelle le virologue. La transmission interhumaine se produit lors de la phase symptomatique. « Les patients asymptomatiques transmettent très mal le virus. Une fois les symptômes déclarés, la transmission est importante car on retrouve une grande quantité de virus dans les sécrétions : sudation, urines, vomissements et diarrhées. »
La transmission se fait par contact direct avec la personne infectée ou avec des objets contaminés, comme la literie, exposant particulièrement le personnel soignant. « Ce virus touche un large panel de la population. Contrairement à d’autres virus qui ciblent les personnes âgées ou fragiles, Ebola peut infecter des personnes jeunes et en bonne santé. »
La protection est complexe, surtout pour les soignants. « Cela nécessite une protection intégrale et des combinaisons hermétiques pour éviter tout contact avec les fluides biologiques. Cela demande une infrastructure et une formation adéquate, ce qui est difficile dans des zones d’accès complexe ou d’instabilité politique », explique le chercheur. Pour la population générale, l’essentiel est d’isoler au maximum les personnes infectées.
Maîtriser une telle épidémie nécessite des personnels formés et des capacités de diagnostic. « Une coordination internationale est nécessaire ; l’OMS et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) s’en sont emparés car la RDC aura du mal à contenir seule l’épidémie, d’autant que des cas apparaissent en zones urbaines et en dehors du pays », souligne-t-il.
Interrogé sur l’extension internationale, Yannick Simonin répond : « C’est difficile à anticiper. Deux cas ont été confirmés en Ouganda. Le Rwanda et le Burundi sont également exposés car frontaliers. Si on ne contient pas rapidement l’épidémie, elle se propagera aux pays adjacents de la RDC. »
« Cela tient à la nature du virus. Ebola se transmet par les personnes symptomatiques, or celles-ci ont une mobilité réduite en raison de la sévérité des symptômes. Néanmoins, il faut rester prudent face aux cas importés, y compris en Europe, et maintenir un système de surveillance et de screening pour isoler rapidement d’éventuels malades », tempère-t-il.
La meilleure protection consiste à tester les personnes présentant des symptômes. « Contrairement aux coronavirus, Ebola ne se transmet pas par voie respiratoire. L’idée principale est de surveiller les voyageurs revenant des zones de circulation, de les isoler et de les tester rapidement en cas de doute. On peut avoir des flambées locales rapides, mais un potentiel de dispersion mondiale est peu probable avec nos connaissances actuelles. »
