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À la veille du Memorial Day, férié majeur aux États-Unis célébré chaque dernier lundi de mai, des millions d’Américains s’apprêtent à prendre la route pour marquer le début de la saison estivale. Pourtant, cette année, l’ambiance est moins festive en raison d’une flambée historique du prix de l’essence, qui suscite une vive exaspération envers le président Donald Trump.
Selon la plateforme collaborative GasBuddy, le prix moyen national du gallon d’essence devrait atteindre 4,48 dollars (1,04 euro le litre) pendant le week-end du Memorial Day, soit une hausse de 42 % par rapport à la même période en 2024. Ce niveau représenterait le deuxième prix le plus élevé jamais enregistré pour ce jour férié.
Le seul précédent supérieur remonte à 2022, lorsque le gallon avait culminé à 4,61 dollars, dans le contexte du choc énergétique lié à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais la situation pourrait s’aggraver : Patrick De Haan, responsable de l’analyse pétrolière chez GasBuddy, estime que le prix moyen pourrait grimper jusqu’à 5 dollars le gallon dès le mois prochain si le détroit d’Ormuz reste fermé, un scénario qui plongerait le marché pétrolier mondial dans une grave tension.
Pour l’ensemble de la saison estivale, GasBuddy prévoit un prix moyen de 4,80 dollars le gallon, dépassant ainsi le précédent record estival de 4,43 dollars établi en 2022 sous la présidence de Joe Biden. Malgré ces coûts historiquement élevés, l’American Automobile Association anticipe qu’un nombre record de 39,1 millions d’Américains voyageront en voiture pendant ce week-end, contre 39 millions l’an dernier.
Chris Haenel, habitant de Pittsburgh, témoigne de son ras-le-bol : « Je passe tous les jours devant cette station-service et c’est tout simplement incroyable. Je dépense 80 dollars par semaine en essence, contre 50 dollars avant la guerre avec l’Iran. Tout augmente, sauf le salaire. Ma femme rentre avec trois sacs de courses et ça fait 300 dollars. »
Cette flambée des carburants contribue à maintenir l’inflation américaine à près de 4 % en avril, et pour la première fois depuis trois ans, les salaires réels (corrigés de l’inflation) sont repartis à la baisse.
Selon une étude du Climate Solutions Lab, les consommateurs américains auraient déjà subi environ 43 milliards de dollars de coûts énergétiques supplémentaires depuis le début du conflit avec l’Iran. L’essence à elle seule représenterait près de 24 milliards de dollars de dépenses additionnelles, soit environ 200 dollars par ménage.
Donald Trump, élu sur une promesse de regain de pouvoir d’achat, a minimisé la gravité de la situation devant la presse : « Les prix à la pompe ont augmenté, mais nous devons regarder la situation globale. Ce qui se passe en Iran est bien plus important que le prix que vous payez pour faire le plein. Nous devons être forts et unis. »
La crise fragilise le président sur le plan politique, alors que les prix de l’essence constituaient historiquement un thème fort de sa communication. Selon un sondage CNN, seuls 21 % des Américains approuvent sa gestion des prix du carburant. Même parmi les électeurs républicains, une majorité exprime son désaccord. L’enquête révèle que 75 % des Américains estiment que la guerre avec l’Iran a eu un impact négatif sur leurs finances personnelles.
Pour tenter d’apaiser la situation, l’administration libère massivement des stocks stratégiques de pétrole. Les réserves commerciales et stratégiques ont chuté la semaine dernière à un rythme inédit, avec un retrait de 17,8 millions de barils de pétrole brut, un record absolu selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie. Les réserves stratégiques auraient déjà baissé de 10 % depuis le début du conflit, atteignant leur niveau le plus bas en deux ans.
