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Une étude Toluna Harris Interactive réalisée pour Terra Nova révèle qu’un électeur sur six a eu recours à l’intelligence artificielle pour éclairer son choix lors des dernières élections municipales. Si ce chiffre peut paraître modeste, ses implications n’en sont pas moins considérables à un an de l’élection présidentielle. «16% des électeurs déclarent que l’IA a joué un rôle dans leur vote» et, chez les moins de 25 ans, cette proportion atteint 35%.
Dans le détail, «7% des électeurs expliquent que l’IA a conforté leur choix initial, 5% qu’elle les a conduits à changer d’avis, et 4% qu’elle les a aidés à trancher alors qu’ils hésitaient encore.» Ces données montrent une influence non négligeable, même si elle reste minoritaire.
L’intelligence artificielle demeure aujourd’hui une source secondaire d’information, loin derrière les échanges personnels, les débats télévisés ou les tracts électoraux. Pourtant, cette étude marque une rupture symbolique : trois ans après l’irruption de l’IA générative dans le quotidien des Français, celle-ci commence à peser sur l’un des actes démocratiques les plus sensibles, le vote. Un phénomène d’autant plus préoccupant que même une modification marginale des suffrages peut avoir des conséquences majeures.
L’histoire politique récente le rappelle : une présidentielle se joue souvent à des marges infimes. «En 2002, Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour pour environ 200.000 voix.» «En 2022, moins de 500.000 voix séparent Marine Le Pen de Jean-Luc Mélenchon.» Quelques points de pourcentage peuvent ainsi décider de l’accès au second tour ou de la victoire finale.
L’étude met également en lumière un autre phénomène : l’IA touche prioritairement des électorats stratégiques – les jeunes, les urbains, les électeurs les plus volatils, mais aussi certaines catégories traditionnellement éloignées de la politique. Cette concentration renforce le potentiel de basculement électoral.
Les campagnes électorales devront s’adapter : les partis politiques devront désormais apprendre à s’adresser non seulement aux électeurs, mais aussi aux outils numériques qui servent d’intermédiaires entre l’information et les citoyens. Le référencement algorithmique pourrait devenir aussi stratégique qu’une apparition au journal télévisé de 20 heures. La présidentielle se joue déjà sur TikTok, YouTube et dans l’univers des influenceurs.
Reste une question centrale : qui contrôle ce que l’IA met en avant ? Une IA n’est jamais neutre ; elle sélectionne, hiérarchise et simplifie selon des critères encore mal connus des citoyens. «Les municipales de 2026 auront peut-être constitué un premier laboratoire.» La présidentielle de 2027 pourrait devenir le premier scrutin où un acteur silencieux, invisible et non élu pèsera concrètement sur le résultat final.
