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Le secteur de la santé est devenu le principal moteur des créations d’emplois aux États-Unis, reléguant la tech et l’intelligence artificielle au second plan. En Californie, l’emploi dans la santé a bondi de 25 % en quatre ans ; sans cette progression, l’État le plus riche du pays aurait connu une destruction nette d’emplois.
Selon une analyse du think tank Economic Innovation Group (EIG) relayée par le Wall Street Journal, le nombre total d’emplois aux États-Unis a augmenté de 4,7 % entre mars 2022 et mars 2026. Mais dans la santé et l’action sociale, la hausse atteint 16,3 %, contre seulement 2,9 % en moyenne dans les autres secteurs.
La Californie illustre parfaitement ce contraste. Le « Golden State » compte aujourd’hui 3,4 % d’emplois de plus qu’il y a quatre ans, uniquement grâce aux embauches dans la santé et l’action sociale (+25 %). Sans ce secteur, l’emploi californien aurait reculé de 0,3 %, un cas quasi inédit, seul l’Oregon étant dans une situation similaire parmi les quinze États affichant la plus forte croissance de l’emploi dans la santé.
En avril dernier, le secteur de la santé a représenté 47 % des 115 000 emplois créés dans le pays, selon le dernier rapport fédéral. En Californie, la santé pèse désormais 17,4 % de l’emploi total, soit trois points de plus qu’il y a quatre ans, contre environ +1,5 point ailleurs aux États-Unis.
Le revers de cette dynamique est la faiblesse des rémunérations. Les emplois liés aux services aux personnes âgées et handicapées, qui ont le plus augmenté en valeur absolue (+211 000 en quatre ans, soit près de la moitié des créations totales), paient en moyenne 487 dollars par semaine (environ 415 euros).
Kenan Fikri, chercheur principal à l’EIG, résume dans le Wall Street Journal : « La Californie crée davantage d’emplois dans les secteurs de la santé ou des secteurs connexes, peu rémunérés et axés sur les services à domicile, et perd des emplois dans les secteurs manufacturiers à forte valeur ajoutée et orientés vers l’exportation, ainsi que dans les secteurs des services à rémunération élevée. »
Le think tank ajoute : « On observe un transfert d’emplois des secteurs de la production, des technologies de l’information, de la finance et des services professionnels vers des emplois de soins beaucoup moins rémunérateurs. »
Cette progression s’explique en partie par le vieillissement de la population, mais les Californiens ne sont pas plus âgés qu’ailleurs. Seuls 16,5 % d’entre eux ont 65 ans ou plus, ce qui place l’État au sixième rang des plus jeunes du pays.
Les enquêtes montrent également que les Californiens souffrent globalement moins de maladies chroniques. La croissance démographique, de 1 % entre 2022 et 2025, ne peut pas non plus justifier à elle seule le bond des emplois dans la santé.
L’explication semble plutôt venir des efforts déployés ces dernières années par la Californie pour développer l’offre de soins à domicile destinée aux personnes âgées et réduire le recours à l’hospitalisation, ce qui a accru les besoins d’aides à domicile. Le Wall Street Journal évoque aussi « les milliards » investis par l’État dans les services de santé mentale, où les recrutements ont presque doublé entre 2022 et 2025 (+93 %).
Rien ne garantit que cette tendance perdure. Les coupes budgétaires dans Medicaid, le programme public d’assurance maladie américain, prévues par la « grande et belle loi » de Donald Trump, ainsi que la fin des subventions additionnelles de l’Affordable Care Act, contraignent la Californie à réduire la couverture santé pour certaines populations, comme les personnes en situation irrégulière.
